L’acier feuilleté est certainement la version la plus rependue de ce qu’on appelle un acier damassé ou un Damas. Dans ce qui suit, c’est plutôt l’aspect esthétique qui est visé car les aciers utilisés sont de la même famille (XC75 et 15N20) et peuvent se trouver sur le fil du couteau. Le 15N20 contient du nickel en plus et s’oxyde moins facilement.
Pour commencer, on découpe des morceaux pour les deux types d’acier : du XC75 et du 15N20. Ensuite, on blanchit les surfaces à la bande abrasive. Un nettoyage à l’acétone est réalisé pour dégraisser les surfaces. Un bon état de surface est capital pour la bonne prise des soudures. Une étape à ne pas bâcler (- ;
Les morceaux sont assemblés pour former une trousse. Je fais des soudures TIG sans métal d’apport pour ne pas ajouter un acier supplémentaire qui n’a pas d’intérêt pour la lame. Un trainard est soudé pour faciliter la manipulation de la trousse. Pour la soudure du trainard, un métal d’apport est utilisé car cette partie sera de toute façon coupée.
Une première chauffe est réalisée jusqu’au rouge et du Borax est saupoudré sur la trousse. L’objectif est de faire fondre le borax pour qu’il pénètre par capillarité aux interfaces. Une forge à charbon a été utilisée dans ce cas. Mais c’est beaucoup plus confortable d’utiliser une forge à gaz.
Une seconde chauffe est réalisée à la température de soudure (jusqu’au jaune) et des coups de marteaux secs sont rapidement appliqués sur la trousse. On part du centre puis on se dirige vers les bords. Le Borax est expulsé en emportant les impuretés et les oxydes. Si les soudures se forment bien, on ressent que la trousse forme un objet homogène avec les rebonds du marteau et le son produit. J’aime bien faire cette étape au marteau plutôt qu’à la presse, justement pour profiter de ce ressenti. Cette étape est cruciale, surtout au niveau de la température. Avec une température trop faible, la soudure ne se fait pas correctement et des fissures apparaissent aux étapes suivantes.
Je réalise une seconde chauffe à température de soudure avec Borax puis passage à la presse avec des matrices planes. C’est une seconde soudure de vérification. Puis je commence à étirer avec la matrice arrondie. Avec une petite trousse comme celle-ci, on pourrait se passer de la presse et travailler uniquement au marteau.
La trousse après étirage.
Une petite révélation de vérification.
On découpe en morceaux puis on blanchit et dégraisse.
On réassemble une trousse. En fait, on répète les étapes précédentes pour augmenter le nombre de couches.
On voit bien le Borax qui se fait expulser!
On pourrait procéder par enlèvement de matière uniquement. Mais je préfère forger la pointe et l’émouture pour resserrer la structure du feuilletage et donner de la complexité au motif.
Mise en forme grossière à la bande abrasive.
La lame juste avant la trempe. J’utilise ce petit système pour bien définir l’entablure. Il faut l’enlever avant de chauffer et tremper évidement (- ;.
Trempe à l’huile. Pour cette étape, je préfère la forge à gaz à la forge à charbon. L’idéal, si on est bien équipé, est d’utiliser un four de trempe pour contrôler très précisément la température.
La lame avant révélation. Il y a eu un polissage un peu plus fin mais j’ai oublié de prendre une photo. L’état de surface de la lame avant révélation est crucial. Je pensais au début que la révélation allait gommer les défauts, mais ce n’est pas le cas. Le motif ressort bien uniquement si l’état de surface était bien lisse initialement.
La lame est trempée dans une substance oxydante. Souvent du perchlorure de fer ou du persulfate de sodium (produits utilisés pour faire des circuits imprimés d’électronique). Les différents aciers s’oxydent différemment et le motif apparait. A la sortie de cette révélation, la lame doit être rincée abondamment pour stopper l’oxydation puis nettoyée. Je passe habituellement un abrasif grain 1500 à l’eau pour réaliser ce nettoyage. Pour faire ressortir encore plus le motif, vous pouvez compter sur la magie d’un café normal ou encore mieux, un café soluble très corsé (et imbuvable).
Réalisation de l’axe avec ce petit outil bien pratique. On martèle la tête avec un marteau arrondi. Et on martèle sur les côtés, jamais le centre de l’axe.
Même opération de l’autre côté de l’axe sur le couteau.
Et le résultat final!
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Avertissement de sécurité
Forger comporte beaucoup de dangers car on travaille avec du feu, des objets très chauds et parfois lourds et pointus ou coupants. Il peut y avoir des projections dans des directions imprévisibles. Mais les risques peuvent être très limités en respectant des règles assez élémentaires. Toujours porter des lunettes de protection. Les gants de soudeur sont aussi incontournables pour la majorité des manipulations. Il faut éviter de porter des vêtements synthétiques et le port d’un tablier en cuir est conseillé. En plus, on a le style avec un beau tablier en peau de vache (- ; Attention aux chaussures ! C’est incroyable les dégâts qu’un morceau de métal chauffé au rouge/jaune (et souvent assez pointu ou coupant en plus) peut faire en tombant et ça arrive quand même assez régulièrement. Des chaussures légères vont fondre et c’est la brulure assurée. Il faut porter des chaussures de travail hautes en cuir. Pour les risques d’incendie, le seau d’eau à proximité est indispensable. L’extincteur aussi. Enfin, une protection respiratoire est nécessaire pour les travaux de meulage. Et il faut veiller à la bonne évacuation des fumées.